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L'urgence absolue d'un autre recrutement

L'urgence d'un autre recrutement

La grande tendance des cabinets de recrutement, est de proposer aux entreprises des candidats que nous appellerons "Ferrari" pour des postes nécessitant davantage l'usage d'une "Kangoo Express". La surenchère du "pour le même prix, je t'offre des options exceptionnelles... !".

Alors pour une fois, je souhaite aborder un thème qui me tient à coeur : la responsabilité des cabinets de recrutement dans le malaise général que nous dénonçons tous : des pans entiers de population laissés de côté (les jeunes et les moins jeunes en premier), des postes inadaptés, de l'intelligence gaspillée, de l'expérience ignorée, des illusions perdues et des conséquences économiques pour le moins désastreuses. 

Lors d'un récent échange autour de cette thématique avec Philippe* (un militant citoyen que je citerais s'il m'en donne l'autorisation), nous parvenions à la conclusion, que les pratiques sauvages de recrutement favorisant la sélection de candidats en poste et surtout âgés de 30 à 45 ans ont un impact majeur et défavorable sur le poids des charges des entreprises, des impôts, du matraquage fiscal des classes moyennes. Une faible partie de la population active finance en effet l'ensemble des prestations sociales de ce pays (parce que les autres sont malheureusement dans l'incapacité d'y participer), plaçant dans une situation intenable les forces vives de ce pays, entreprises et salariés. 

les cabinets de recrutement sont aussi responsables du déclin de la france
Il est grand temps de prendre soin de nous tous


La conséquence, nous la constatons tous, les jeunes diplômés quittent massivement la France faute d'opportunités d'emploi, les 30/45 ans se fatiguent de soutenir une économie moribonde et ne rêvent que de reconversion, les plus de 45 ans sont affreusement maltraités. 

Appauvrissement du savoir-faire

Dans le même temps, nous assistons à un appauvrissement extraordinaire du savoir-faire de nos entreprises : au refus obstiné de recruter des profils expérimentés (je vous rappelle que le taux de chômage des "seniors" a augmenté de 70% ces quatre dernières années),  s'ajoute le fait que les jeunes débutent tardivement, à des salaires plutôt faibles.. du coup, les salaires moyens se tassent, la contribution générale au financement des diverses prestations augmente et nos entreprises moins compétitives en termes de savoir-faire (ne l'oublions pas !) et de charges croissantes (j'évoque ici le tissu économique majoritaire composé de petites et moyennes entreprises.. puisque les très grandes entreprises payent plutôt mins d'impôts) ferment les robinets, stoppent les recrutements ou favorisent les salaires plus faibles...

Surenchère de l'offre

Le cabinet de recrutement entre alors dans la surenchère de l'offre. Moins de volume de recrutements, plus de candidats, la tentation d'aller chercher un candidat nommé "un incroyable talent" devient grande afin de se différencier et tenter de fidéliser son client... Entre nous, l'entreprise n'a pas besoin de recruter un "incroyable talent", elle a un besoin, clair, identifié que le cabinet de recrutement ne sait plus écouter : 
"Vous avez besoin d'un rouleau à gazon, je vais plutôt vous équiper pour le même prix d'un rouleau compresseur à vibreur balourd interne de 18 tonnes (ça c'est l'incroyable talent)... !".. et je n'exagère pas.

8 propositions pour un autre recrutement

Je milite pour que le cabinet de recrutement se penche enfin sérieusement sur la première étape de son process commercial : la qualification du besoin du client et par qualification, j'entends la connaissance du terrain, l'accompagnement en entreprise, la compréhension solide des postes, l'expérience de la vie entrepreneuriale, de l'industrie, du commerce... et je ne crois pas que les stagiaires ou jeunes professionnels responsables chargés de recrutement chez nos grandes enseignes nationales et internationales qui inondent les jobboards généralistes d'annonces plus ou moins fantaisistes (et parfois factices) en soient capables sans l'accompagnement avisé d'une personne expérimentée...

Je milite pour que les cabinets de recrutement favorisent systématiquement les chômeurs plutôt que les actifs en poste. Au nom d'un principe très simple, si nous ne recrutons pas ceux qui sont aujourd'hui privés d'un emploi, alors il y a de fortes chances pour qu'un jour nous soyons à peu près tous pointeurs chez Pôle Emploi (et ce à court/moyen terme), à cause d'une machine économique totalement bloquée. Un réflexe qui serait bien utile aujourd'hui et dont la responsabilité pèse aussi et surtout, sur les épaules des recruteurs qui écartent à escient les CV des plus expérimentés.

Je milite pour que les entreprises exigent d'abord de recruter des profils expérimentés, des "seniors" de plus de 45 ans (ceux qui restent plus longtemps au chômage avant d'être dispensés de recherche) capables d'apporter leur expérience, de renforcer le savoir-faire de nos entreprises et surtout d'assurer une transmission sérieuse aux générations à venir.

Je milite pour que les cabinets de recrutement soient eux-mêmes composés de recruteurs expérimentés et non pas de jeunes issus de grandes écoles, dont le lait coule encore sur le coin de la bouche..

Je milite pour que les cabinets de recrutement arrêtent d'exiger des bacs + 5 pour tout type de poste, ou encore un niveau de pratique de l'anglais formidable pour lire deux notices de montage de photocopieuse...

Je milite pour que les cabinets de recrutement stoppent immédiatement d'assimiler marketing et RH, parce que le candidat ou l'emploi plus généralement n'est pas un bien de consommation, parce que dans ressources humaines, le mot "humaines" est bien plus noble et précieux que "ressources".

Dans un domaine parallèle, je milite pour qu'un recrutement d'un profil expérimenté soit systématiquement doublé d'un recrutement d'une jeune pousse de moins de 25 ans, repeuplons nos entreprises de jeunes et de plus vieux... travaillons à la transmission des savoirs, et plaçons chaque personne de ce pays dans des conditions de participation, de contribution et de dignité..

Je milite pour que les recruteurs prêtent serment, comme les magistrats, les médecins, le serment d'agir dans le respect, la dignité, dans l'esprit du bien commun... Je milite aussi pour que les recruteurs soient issus du monde de l'entreprise avant de devenir recruteurs professionnels, qu'ils soient sérieusement formés à l'économie, la psychologie, qu'ils aient nettoyé leurs filtres personnels...

Et au fond, si rien ne change immédiatement, alors je militerai pour que les cabinets de recrutement disparaissent parce que je crois qu'ils participent aussi, et sans l'assumer totalement, avec leurs violentes pratiques à l'enfoncement de nos énergies..

* et merci à Philippe qui m'a sérieusement réveillé par son engagement citoyen. Haut Les Coeurs !

Ces consultants qui cassent du manager...

Les managers en colère

Si j'étais manager, je serais rouge de colère que l'on insinue systématiquement que je suis coupable de maltraitance sur les équipes, que je ne suis qu'un "chefaillon", accroché à mon pouvoir, prêt à tout pour conserver mon image, emporté par un égo surdimensionné.
Si j'étais manager, je serais furieux du silence des syndicats dans l'acharnement médiatique, le buzz déraisonnable auquel je suis soumis depuis bientôt cinq ans.
Si j'étais manager, je serais triste que l'on me prête des intentions de manipulation, mesquines et égo-centrées, que l'on me juge sans valeur, immature et prêt à faire couler mon entreprise pour conserver le privilège de signer des notes de frais.

quand lama fâché...

Cette caricature est infâme, délirante et purement démagogique. Vous avez du le remarquer, les "grands" penseurs, philosophes de l'entreprise, souvent libérée, prônent un changement radical de paradigme managérial. Mais dans quel but exactement ?

Si j'en crois ce sondage, 75% des français travaillant dans une PME se disent heureux et ce taux grimpe à 80% pour ceux qui sont salariés d'une TPE - et encore ce sondage IFOP pour Le Pèlerin  d'avril 2016 confirmant que 75% des français sont heureux au travail. Je sais bien qu'un taux de 100% serait parfait, ceci dit, ces scores indiquent davantage une perception positive de l'entreprise par ce qui représente tout de même 80% de l'emploi en France. Je n'irai pas jusqu'à évoquer le bonheur au travail, concept me laissant très sceptique, mais si une très large majorité de mes concitoyens se dit heureuse au travail, du moins dans les PME et TPE, alors, j'ai tendance à penser que les managers des PME et des TPE, avec leurs moyens, se débrouillent plutôt formidablement bien... J'ai également tendance à penser que l'on (par on, entendre tous ceux qui conspuent le management) nous entretient dans une vision sombre et réductrice de notre santé au travail. Dans quel but ? Peut-être vendre un maximum d'heures de consulting aux entreprises...

Il est dit, dans la "philosophie" de l'entreprise libérée, que le manager, ce "scribe de l'Egypte Antique", doit évoluer, apprendre à soutenir les équipes et n'intervenir qu'en cas de blocage... Mais entre nous, ne croyez-vous pas que le manager d'aujourd'hui vit déjà cette expérience ?
Le manager n'est pas celui qui sait, il est celui qui écoute, recueille, compare, gère, pèse les conséquences, consulte, décide parfois seul, parfois accompagné, mais toujours en responsabilité, et cette responsabilité implique le respect inconditionnel de ceux qui l'entourent mais également des parties prenantes de l'entreprise. 

La peur du changement, vraiment ?

Le middle-management n'a plus la cote, chez les consultants en agilité... et coaches en tout cas (souvent non certifiés, cela va de soi). Il convient, ces "middle managers" de les "écarter" du système, de les "rééduquer" en leur faisant accepter un changement grotesque, de leur attribuer de nouvelles fonctions, de les accompagner au changement, que dis-je dans la gestion de leur peur du changement... Mais pourquoi les consultants défendent-ils à ce point ce modèle ?
Parce qu'ils auraient compris quelque chose qui échappe aux managers engagés ?
Parce que ces consultants détiendraient la clé du développement de l'entreprise, de la performance économique, du maintien de l'emploi ou mieux encore de la création de postes ?
Au nom de quoi, devrions-nous recevoir à longueur de temps, des leçons de morale, de posture, d'angélisme par tous ces consultants prônant, d'une certaine façon, l'élimination des lignes managériales dans l'organisation des PME ?

80% des français se disent heureux au travail, dans les PME et TPE... et il faudrait tout révolutionner ? Encore une fois, je ne dis pas que tout est parfait, il existe de nombreux cas de maltraitance et de souffrance au travail mais pour autant, s'avère t'il nécessaire de casser du manager à ce point ? L'humilier, le désigner comme bouc-émissaire d'un mal qui ne semble pas aussi évident que cela ? Au fond, n'est-il pas pratique d'évincer les managers pour, éventuellement, prendre leurs places en tant que consultant dans l'entreprise ? 

Ce que j'écris ici, n'est pas un exercice de réflexion, tout cela est issu de mes observations, d'heures de discussions avec ces hommes et ces femmes qui souffrent de l'image obscène que répandent bon nombre d'articles ou de billets de blog, mais également de ma propre expérience, celle d'un ex-manager d'une entreprise dite libérée devenu coach emploi (et oui, cela ne s'invente pas ! ) qui a amèrement constaté que le discours angélique de sa direction générale et des consultants qui l'accompagnaient, n'avait strictement et malheureusement rien à voir avec la réalité de mon quotidien. 
Je remercie François Geuze (l'entreprise libérée, entre communication et imposture) et Vincent Berthelot (l'entreprise libérée : entre utopie, calcul et imposture) d'avoir abordé courageusement le thème de l'entreprise libérée sous un jour correspondant en tout point à mon expérience de terrain.

Lire aussi :
- Un point de vue très personnel sur la notion de bonheur au travail
- Le drame de l'entreprise narcissique

Une vie par procuration

À quoi bon...


  • "À quoi bon voter, cela ne sert à rien !", 
  • "à quoi bon écrire une lettre de motivation, cela ne sert à rien !", 
  • "à quoi bon changer et faire des efforts, cela ne sert à rien !", "à quoi bon boycotter cette entreprise, cela ne sert à rien !", 
  • "à quoi bon apprendre le latin, cela ne sert à rien !", 
  • "à quoi bon  envoyer nos jeunes en stage, cela ne sert à rien !", 
  • "à quoi bon rêver, cela ne sert à rien !", 
  • "à quoi bon se faire des idées, cela ne sert à rien !", 
  • "à quoi bon verser 20 euros à cette ONG, cela ne sert à rien !", 
  • "à quoi bon militer, cela ne sert à rien !", 
  • "à quoi bon payer des impôts, cela ne sert à rien !", 
  • "à quoi bon s'investir dans son travail, cela ne sert à rien !", 
  • "à quoi bon se casser la tête, cela ne sert à rien !", 
  • "à quoi bon lutter contre la famine en envoyant un sac de riz en Afrique, cela ne sert à rien !"... 


La liste des "à quoi bon" représente une litanie sans fin... et elle nous touche tous à un moment ou à un autre.

Observateurs du monde

Sommes-nous à ce point observateurs du rendement de nos actes pour décider brutalement s'ils servent à quelque chose ou non ? Contribuons-nous à la société, aux autres, à nos proches, à nous-même dans l'unique attente d'un retour, et quel genre de retour du reste, une récompense ? de l'argent ? du plaisir ? ou de la reconnaissance ?
Chaque action personnelle, chaque mise en mouvement aussi légère et minime soit-elle, s'inscrit dans une dimension qui dépasse largement notre vision du "cela ne sert à rien !". 

... à quoi bon ou prendre la résignation comme principe de vie
Choisir la résignation comme principe de vie ?


Vous, moi, sommes une partie d'un Tout. Et tous nos renoncements, tous nos "à quoi bon" s'additionnent inéluctablement pour dessiner une vie, la nôtre en l'occurrence.

"Je suis persuadé, comme je l’ai déjà dit et ne cesserai de le répéter à l’avenir, que chacun possède en soi cette force, cette puissance de réactivité, mais qu’elle sommeille, masquée par une vie quotidienne aseptisée »

Il arrive très fréquemment que l'on se convainque de notre incapacité à faire bouger les "choses", à marquer une différence. L'on se résigne alors à pousser un grand soupir et à renoncer en criant mollement "à quoi bon !"... J'évoque la résignation, ou cette incroyable imposture personnelle, une malhonnêteté à renoncer à ce qui est important à nos yeux. Pas aux yeux de nos voisins, non, aux nôtres, tout simplement.

"Je renonce à ce en quoi je crois, car je juge que mon action serait inutile...

Renoncer à son intégrité

Mais cette action, n'est-elle pas utile à notre intégrité, à ce qui marque notre dignité, celle de respecter ce que l'on est, à assumer nos choix et à les défendre en les honorant d'une décision, d'un acte ?
Et puis allons plus loin encore, sommes-nous si convaincus, que chacun de nos actes doive servir - en permanence et en toute circonstance - à quelque chose ?

  • Cela sert à quoi de klaxonner sur le prériphérique ? 
  • Cela sert à quoi de regarder le Bigdil ? 
  • Cela sert à quoi d'appuyer sur "j'aime" en bas d'une vidéo de chat ? 
  • Cela sert à quoi d'intellectualiser pour ne jamais agir...?

Une vie par procuration

Je n'en peux plus des phrases commençant par "à quoi bon"... elles nous détournent de ce que nous sommes, de notre entité à la fois singulière et collective.
Ces phrases nous confortent dans un immobilisme terrifiant, dans une capitulation sans équivoque à ce qui fait de nous des êtres responsables, responsables de nos vies, de nos choix, de notre communauté aussi... 
Tout compte, tout contribue, sauf l'absence et le vide. Quel parti choisirez-vous, celui de la contribution ou celui du néant ? 

Lire aussi :


Le drame de l'entreprise narcissique

Je rencontre parfois des entreprises exaltantes... Une énergie folle se dégage de son personnel, de leurs initiatives, de leur comportement, une satisfaction permanente qui s'apparenterait, de loin, au bonheur absolu. 
Pourtant, j'y vois de temps en temps l'émergence d'un cynisme "positif", positif par sa forme et malheureusement pas par son fond, qui rejette toute idée contraire au dogme, à la vision collective. Cela pourrait s'apparenter à de l'autosatisfaction permanente, une foire aux bonnes nouvelles et aux initiatives qui confortent les décisions, les options, la voie à suivre dans laquelle tous les acteurs de l'entreprise sont priés de s'engager - librement bien sûr. Un peu comme si l'on passait au filtre rose l'ensemble des éléments qui constituent le socle décisionnaire de l'entreprise. 

Narcisse - Paul Dubois

A ce petit jeu, je connais un grand nombre de personnes qui se fatiguent... après avoir culpabilisé à l'idée de remettre (secrètement) en question les décisions stratégiques portées par la collectivité. L'aveuglement narcissique de certaines entreprises et de ceux qui les représentent (à tous les niveaux bien sûr) mène à l'endoctrinement, à la mise en avant systématique de stratégies dont le seul but est de révéler la qualité et le talent de cette même entreprise. 

L'image de cette dernière l'emporte au niveau collectif, davantage que sur sa réussite réelle. Je constate de plus en plus souvent, en écoutant certaines conférences d'entrepreneurs, en parcourant les pages d'accueil de certaines entreprises, le décalage entre la réalité du terrain et le discours porté et défendu par l'ensemble des acteurs de l'entreprise qu'ils représentent. 
De petites distorsions, des compromis avec la vérité, de petits arrangements qui déforment la réalité et encouragent de façon subtile ses ambassadeurs (ses employés) à participer au mensonge collectif alors que dans le même temps, elle revendique la mise en avant de valeurs telles que l'honnêteté, le courage, la confiance, la transparence... A l'image de certains de nos parlementaires défendant la rigueur fiscale, l'effort collectif et dont, tout le monde dans leur entourage, connait le comportement déviant. Il y a là plus qu'une dérive, un comportement dangereux et douloureux pour tous ceux qui participent de près ou de loin à son exaltation. 

La réalité du terrain, ce sont des résultats qui mettent en péril l'existence même de l'entreprise, des résultats que chacun, à son poste, à sa mesure, perçoit comme sombres, des résultats rarement exprimés - ou souvent trop tard - qui méritent de revenir à la raison.

Dans l'entreprise aveuglée par ses objectifs irréalistes, forcément très ambitieux, aveuglée par sa "Mission" que d'autres appellent la vision (Changer le monde, libérer les esprits, rendre heureux, etc, etc...), chacun contribue - à sa façon - à entretenir l'illusion, celle de toute une entreprise qui refoule les difficultés et paradoxes internes ou sociétaux. Beaucoup ferment les yeux sur leurs valeurs personnelles, entretiennent le "délire" pour éviter le rejet par un collectif dominant, la mise à l'écart systématique. 

Observez autour de vous, peut-être travaillez-vous pour ce genre d'entreprise, une entreprise qui met en avant ses valeurs collectives et humaines et dont chaque jour, vous constatez amèrement l'écart entre la réalité et le discours... 
La force affichée et mise en avant de certains groupes, entreprises, start ups, dirigeants, révèle au contraire une extrême vulnérabilité qu'un peu de responsabilité, de tempérance et de discrétion, d'encouragement interne à émettre une opinion, de capacité à faire machine arrière et de moins répondre aux sirènes de la vanité, permettront sans doute d'atténuer en regroupant toutes les idées et bonnes volontés, quelles qu'elles soient.

Je n'aime pas les tests de personnalité, et je n'y crois pas un seul instant

J'ai tous les âges de la terre


"Je suis capable de tout, du meilleur comme du pire, je possède une multitude de facettes, tout et son contraire. J'ai plusieurs âges en même temps, parfois jeune, naïf, intenable mais parfois aussi, sage, hyper-mature, comme si je percevais la totalité des secrets du monde qui m'entourent, contenant en moi l'âme de l'humanité. Je reconnais tout cela en moi, et plus j'avance, plus je me rends compte que je suis tout sauf un profil, une définition figée pour l'éternité… d'un recrutement aléatoire ou d'une carrière brisée par je ne sais quel expert en personnalité."

J'ai travaillé directement avec plus de 4.500 personnes en développement personnel à l'occasion de séances de coaching emploi. La phrase débutant ce billet aurait pu être prononcée, à peu de choses près, par chacune d'entre elles. Plus je me connais et plus je m'éloigne d'une définition précise parce que je comprends que cette dernière repose sur un ensemble d'éléments qu'il me convient d'explorer, un à un, avant de commencer à savoir qui je suis. "Je sais qu'on ne sait jamais" comme dirait Gabin.

Tout comme vous, j'entends parler, de ci de là de l'efficacité des tests de personnalité, notamment dans le cadre professionnel, de l'émergence de logiciels formidables, qui, s'appuyant sur des milliers d'analyses de comportements, peuvent parfaitement définir ce que nous sommes, notre comportement et même déterminer notre avenir. Le Big Data serait l'efficience absolue en terme de définition de personnalité. Pratique non ? 

les tests de personnalité ne sont pas fiables


Voilà exactement le genre de propos qui me fait froid dans le dos. Ce même dos qui refuse tant les étiquettes et qui lutte contre le fait d'être défini comme un vulgaire produit. Croyez vous réellement qu'une définition de ce que vous êtes, de votre personnalité a du sens ? Ne sommes nous pas en interdépendance de tout ce qui nous entoure, ne sommes nous pas un maillon, un élément d'un schéma bien plus complexe qu'il n'y parait ? Comment admettre l'idée d'être "défini" par un test de personnalité issu d'analyses et de traitements statistiques sans tenir compte de tout ce qui est autour de nous, notre culture, notre expérience, nos relations, nos croyances, nos valeurs, notre histoire ? Sans tenir compte non plus, qu'il nous arrive de répondre n'importe quoi aux questions incompréhensibles, ou d'essayer de cocher ce qui semble le plus "vendeur".

Ce que je reproche dans la plupart des tests de personnalité, c'est qu'ils ne tiennent jamais compte du contexte, non pas celui de la pièce dans laquelle vous répondez aux questions* mais bien de celui dans lequel vous évoluerez.  Vous savez, cet historique de l'entreprise qui n'est que très rarement connu et assumé ou toujours relaté de façon très… partiale, la prise en compte de l'état d'esprit de certains collaborateurs, les mécontentements internes, la clientèle, les pannes logiciel, "ça rame depuis qu'ils ont changé le serveur..." etc, etc…. , c'est-à-dire tout ce qui parasite et ne permet pas d'utiliser pleinement ses compétences et capacités.

Les tests de personnalité ne tiennent pas compte de l'historique de l'environnement


Rien de ce qui concerne ces éléments impalpables de l'entreprise n'est injecté dans le test. Imaginez un instant un test prenant en compte le fait que personne dans l'entreprise ne s'entend, qu'il existe une lutte effroyable entre différents services, que le turnover s'est accéléré (d'ailleurs, sans que les raisons aient été finement analysées…), qu'un dirigeant est parachuté ou adepte du corporatisme, que le taux de service a chuté de 25% en deux ans… vous savez, tous ces éléments qui font le quotidien de nos entreprises. 

Alors comment mesurer et déterminer mon comportement et mes capacités s'il n'est pas finement (et honnêtement) analysé au travers de ce qui se passe aujourd'hui dans l'entreprise, de ses forces, de ses blessures, de ses névroses, de son potentiel non révélé et non exploité ? Il s'agit alors d'un test de personnalité qui n'a rien à voir avec la réalité de l'entreprise, c'est celui d'une personnalité qui s'exprimerait dans le meilleur des mondes, celui des manuels scolaires, celui qui ne sent pas la sueur et qui semble si déconnecté du quotidien. 
Vous connaissez mon point de vue, le succès de l'intégration d'un nouveau collaborateur dépend de la capacité de l'entreprise à bien l'accueillir et à mettre en oeuvre toutes les conditions lui permettant de prendre son envol. Le reste n'est qu'anecdotique.

L'autre point, c'est cette tendance à mettre en place des procédures coûteuses - et ni plus ni moins efficaces que d'autres - s'entourant d'un maximum de précautions destinées à limiter le plus possible la responsabilité d'un échec du recrutement.
"Si je me plante, ce n'est pas complètement de ma faute, c'est surtout à cause du test de personnalité que j'ai suivi parce qu'il est mentionné dans la procédure F457-3 du manuel de management…". 
Exaspérant. Chers recruteurs, familiarisez-vous avec la notion d'échec du recrutement
Un test de personnalité ne constitue pas une aide au recrutement. Il embrouille et limite, mais surtout il déresponsabilise celui qui n'est plus à même ou plus autorisé à prendre une décision professionnelle. Je fais partie de ceux qui pensent que la crise majeure que nous traversons dans les entreprises est essentiellement une crise de responsabilité, au nom du Saint risque zéro, de la qualité totale, nous fabriquons des personnes, des cadres, des managers de moins en moins encouragés à prendre - en responsabilité, c'est à dire en dehors des procédures - une décision pour l'entreprise, surtout quand elle est grande ou engagée dans une démarche de maîtrise de tous ses process internes


*quoique… : une entreprise bien connue spécialisée dans les tests de personnalité a voulu me convaincre de la qualité de ses produits en me les faisant tester : à un temps de réponse long à une question précise, ils concluaient que j'avais hésité, cette hésitation a pondéré toute leur analyse… A aucun moment, ils n'avaient imaginé que ma connexion internet était lente, que l'ouverture de chaque question prenait du temps et que ce temps, je l'utilisais à faire autre chose…

Lynchage numérique

"Veillez à votre e-réputation".. qu'ils disent


Il m'arrive tout comme vous, d'assister - de temps en temps - à un éclat d'humeur, un coup de gueule que l'un de mes contacts lance sur Facebook (essentiellement là du reste).

Bon, soit... rien de passionnant, une crise de calcaire entre une vidéo rigolote de chat qui tombe et une pétition pour Amnesty International… Habituel. 
Là où les choses se corsent, c'est quand ce coup de gueule commence à ressembler à un lynchage public pour une affaire de frustration mal digérée.

les stupides positions des influents du web
Mangez-le si vous voulez / Jean Teulé


Je vous dresse le tableau, mon "copain" (ne le cherchez pas, il ne l'est plus) sur Facebook publie le lien d'un commentaire qu'il a rédigé sur un site bien connu de réservation en ligne de gites ou chambres d'hôte. Le commentaire est terrible, accablant : il a été mal reçu et le monde (entier) doit le savoir. Tadam* 
Je comprends sa colère, je comprends son énervement… mais bon,  je ne comprends pas sa réaction publique. Mais alors pas du tout. 

Son post a suscité l'approbation d'un grand nombre de personnes, d'autres ont commenté, ne pouvant s'empêcher d'ajouter leur point de vue sur la qualité de l'accueil que l'autre avait reçu... "ouais, c'est bien fait pour eux ! t'as bien raison, ne te laisse pas faire !" Et là, les insultes pleuvent, ça part en vrille ironique et "cy(a)nique", les aubergistes sont rhabillés pour l'hiver.
Je n'ai pas pu m'en empêché, j'ai envoyé un mot - très court - d'indignation à son auteur (pas dans le sens de ce qu'il attendait puisque je lui ai écrit qu'il me semblait nettement moins élégant dans son attitude sur les réseaux que l'aubergiste dans son relatif mauvais accueil), il me répondit alors qu'il se "réserve le droit de ne pas se taire"…

Je tire au bazooka sur une mouche

Alors, allons un peu plus loin. Lorsque je lis les commentaires parfois haineux et radicaux en bas des articles, les commentaires politiques, "disruptifs", ou bien, lorsque j'assiste à un déferlement que je qualifie de violent, visant à critiquer telle institution, telle personne, je ne peux m'empêcher d'avoir en tête les images terribles d'une époque sombre où la vengeance se pratiquait en public, sans aucune retenue, le sourire tordu aux lèvres.
Personnellement, je vis ces commentaires de la même façon que lorsque je visionne des images de l'après-guerre ou lorsque je lis le très dérangeant "mangez le si vous voulez" de Jean Teulé. 
Je le vis d'autant plus mal lorsqu'il est initié par l'une de nos "élites" numériques, un influent nous bassinant de webinaires et de pigeonisme et qu'il se réjouit ouvertement lorsque son influence entraîne la chute de la note moyenne des aubergistes en question. Il a passé un sale week-end, une heure (que dis-je, 5 minutes) au total de mauvais accueil, le commerce de ces personnes est condamné pour les années à venir à subir le commentaire haineux. "Au nom de la transparence, à la liberté absolue d'expression, je tire au bazooka sur une mouche…."

Disproportion de la réaction

Ce qui me gêne, c'est la disproportion de la réaction. Disproportion que je retrouve très souvent dans ce cercle des élites (observez les levées de fonds ou les acquisitions récentes des stars du web), les engagements libéraux, l'uberisation bonne pour la santé des autres. 
En cherchant à utiliser son influence pour humilier la personne qui l'a mal accueilli, c'est l'humanité toute entière qui est humiliée. Je sais, j'ai une tendance à vivre les choses en grand, mais ce manque de classe, de culture aussi, ce déballage hystérique me heurte profondément. 
Je ne supporte pas. 

J'attends autre chose de ces entrepreneurs porte-parole du mouvement 2.0 (celui qui porte un nom d'oiseau à l'envers). J'attends de ces personnes si influentes de l'exemplarité, le sens de la mesure, de l'équité, de l'intelligence, un peu de hauteur, une forme d'élégance, de dignité et de panache (notion chère à Alexandre Jardin et ses drôles de zèbres)… de la culture, des références autres que Légo ou la Guerre des Étoiles. J'attends tout ce que je ne trouve plus... J'attends beaucoup d'eux ? Peut-être… Mais c'est à ce prix qu'ils me convaincront qu'en les suivant sur les chemins du code et de l'algorithme, nous sommes réellement sur la bonne voie, une voie utile et importante pour nous tous, pour le bien commun, parce que pour l'instant, j'en doute très sérieusement.

*ce billet s'applique à un nombre important - et disparate - de sujets : taxes, taxis, restaurants, politique, keynotes, le hug de machin, l'acquisition de truc …
NB merci à Hervé dont la transmission de cet article de la tribune a inspiré ce billet 

Chômage : Accompagnons plutôt les recruteurs !

Former les chômeurs ? Quelle blague !

J'interviens très souvent auprès d'associations de chômeurs et recueille régulièrement une multitude de  témoignages, de parcours, parfois difficiles, d'audaces, d'aventures mais aussi d'angoisses, d'incertitudes et de profondes désillusions. J'y rencontre tous types de fonctions, souvent administratives ou industrielles, de l'employé au dirigeant en passant par toutes les strates de cadres aujourd'hui condamnées.
Dans le même temps, je travaille avec de jeunes diplômés ou futurs diplômés, qui se projettent dans une carrière professionnelle prometteuse, qui envisagent souvent de partir à l'étranger pour décrocher un premier emploi, une première expérience, vivre le commencement, le lancement de leur carrière dans les meilleures conditions. 
Enfin, Pôle Emploi me sollicite parfois pour rencontrer des personnes qui n'ont aucune formation, ayant quitté le système scolaire très tôt, ayant décroché comme on dit, vivant au jour le jour dans la plus grande des précarités, bien éloignés des concepts moquettés que l'on retrouve dans beaucoup de stratégie de marque employeur. La vraie vie.

Au final, je rencontre beaucoup de personnes, des gens comme vous et moi, nos voisins, nos enfants, nos parents et tous ont un même but : travailler

Attention, je ne parle pas du fantasme d'un travail bien payé à ne rien faire ! Je ne parle pas non plus d'un travail automatiquement lié à la notion de plaisir, "on verra ça pour plus tard", non, je parle d'un emploi qui nous resitue dans la sphère sociale, qui nous permet de construire une place, dans la société, et de contribuer, simplement au développement d'une entreprise, d'un groupe.. tout cela en échange d'un salaire pour continuer à fonctionner normalement.


Coach emploi, je consacre mon activité aux personnes en recherche d'emploi. De travailler avec eux à la construction d'une stratégie, d'une recherche plus efficace, de mettre en valeur leur propre parcours… Pourtant, à bien y regarder, je le répète ici encore, je ne rencontre que des génies. Tadam. Oui, je constate combien chacun d'entre nous possédons une richesse extraordinaire, en termes d'aptitudes, de compétences, d'intelligences, de qualités, de motivations, d'engagements et qu'il suffit d'ouvrir les yeux, avec un minimum de clairvoyance et de talent pour se rendre compte qu'il existe en chacun d'entre nous un potentiel formidable qui contribuera inévitablement au développement de l'entreprise qui saura les recruter. Et savez-vous pourquoi je ne vois que cela ? Parce que c'est exactement ce que je cherche, parce que c'est exactement ce qui m'intéresse.

Dans ce blog, je ne critique jamais les recruteurs (quoique). Néanmoins, lorsque je découvre que le chômage des seniors a augmenté de 70% ces quatre dernières années, lorsque je découvre que 47% des jeunes sans diplôme sont au chômage, que les jeunes descendants d'immigrés sont massivement au chômage ou encore que 28% des jeunes diplômés envisagent une expatriation à vie, eh bien je me dis que le coaching ne doit pas être proposé à ceux qui recherchent un emploi mais davantage à ceux qui en proposent un, aux recruteurs. Si notre société construit un modèle dans lequel on "fait sa carrière" entre 30 et 45 ans et tout ce qui dépasse est à jeter, alors, je considère que les fameux DRH, leviers de la stratégie de développement des entreprises (vous comprenez que je sois dubitatif…) nous plongent dans une situation inextricable en orientant à ce point leur politique de recrutement. 

Chers responsables des ressources humaines, arrêtez de vous réunir, de participer aux conférences, de construire des serious games, des tests, de réfléchir à la marque employeur, au recrutement 2.0, au CV anonyme... et faites vous coacher ! Nettoyez la tuyauterie ! Remettez-vous personnellement en question !
Je ne doute pas de votre envie de faire progresser l'entreprise, la société même, mais à l'évidence, votre stratégie ne fonctionne pas ! Regardez les chiffres ! Observez l'échec de vos décisions ! C'est assez brutal, mais puisque je contribue au financement massif de l'accompagnement des chômeurs par mes impôts, tout comme vous, je me dis qu'il serait sans doute plus profitable d'accompagner réellement les recruteurs pour qu'ils remettent en cause leurs pratiques, abandonnent leurs a-priori, développent leur intelligence émotionnelle, se débarrassent du clonage, du corporatisme, qu'ils s'entourent d'experts du recrutement, de personnes expérimentées, dont l'une des premières qualités serait l'ouverture d'esprit. Souvenez vous, je défendais l'idée d'un diplôme d'état du recruteur suite à la polémique née d'un reportage TV sur le recrutement...

Bref, cessons de former nos chômeurs à chercher un emploi, à rentrer dans les cases de la sélection mais investissons massivement sur la formation des recruteurs afin qu'ils se débarrassent des stéréotypes qui expliquent aussi ces progressions fortes de chômage que nous constatons chaque jour autour de nous ! J'en ai assez de lire de beaux et longs discours de nos chers responsables des ressources humaines et de constater que les pratiques de recrutement écartent impitoyablement et durablement certains d'entre nous.

Credit photo screationzs / FreeDigitalPhotos.net

Les procédures tuent l'initiative et la créativité

Je rencontre chaque jour des managers fatigués, las, parfois désespérés, qui comptent les jours les séparant de la retraite. Regardez autour de vous, écoutez les personnes qui vous accompagnent, repérez les "comme un lundi…!" lancés autour de la machine à café. Des indices souvent légers en apparence renferment un profond sentiment d'impuissance, de lassitude… et pour tout dire, de déprime pas si passagère que cela.

Les joies de l'audit interne

Chouette! Voilà un billet un positif me direz-vous ! Je discutais hier avec une directrice du développement d'une grande entreprise d'équipements industriels qui constatait amèrement sa perte de motivation dans son travail. "Il y a encore quelques années, je participais avec passion aux travaux de l'entreprise, rien ne me semblait impossible, les initiatives étaient réellement encouragées, nous avions l'impression de vivre  (elle et ses collaborateurs) comme des pionniers, même dans ce groupe aux dimensions mondiales". Depuis quelques temps, la course aux rendements à deux chiffres, l'essoufflement des marchés ont vu l'émergence de méthodes "rationnelles" destinées à réduire les temps de production et, accessoirement, à optimiser la qualité des produits commercialisés ou délivrés.

Mon expérience d'accompagnement des managers et dirigeants au quotidien, montre de façon évidente, la corrélation entre l'arrivée de process soi-disants destinés à l'amélioration des performances de travail et la baisse de motivation de ceux qui doivent les appliquer. La mise en place des procédures en entreprise a ceci de particulier : il est difficile de vouloir s'opposer à un système sensé améliorer le fonctionnement de l'entreprise tout en adhérant complètement à des méthodes qui tuent la créativité, l'intuition et l'intelligence humaine… Ce que nous sommes quoi... Un système pernicieux, légèrement schizophrène, que l'on met soi-même en place parce qu'il semble, sur le papier, utile au développement de l'entreprise alors que l'on sait pertinemment, qu'il nous condamne à un enfermement (pas si flexible que cela) dans un monde où l'on chasse chaque défaut, quitte à ne rien produire.

Si je participe à la création d'un process en entreprise, j'en deviens le complice, l'acteur. Volontairement, par loyauté sans doute, je creuse le propre sillon de ma future baisse de motivation, éventuellement de mon départ. 
J'appelle cela de la manipulation pure, une véritable violence (apparemment inoffensive puisque nous nous précipitons aux ateliers et groupes de projets pour en faire partie) créant parallèlement un sentiment de trahison, de culpabilité, à l'idée de tricher sans cesse pour obtenir des chiffres ou des résultats à la fois conformes à ce que l'on a pu imaginer, aux objectifs décalés, mais également utiles au développement économiques de l'entreprise. Se mettent alors en place (et les managers victimes de procédures lourdes et absurdes ne me contrediront pas) des système parallèles de désobéissance ou de tricherie permettant d'échapper aux sacro-saintes procédures internes. 
Le zéro défaut recherché est proche de la perfection. Croyez-vous à la perfection ? Souhaitez-vous la perfection ? Ne pensez-vous pas que la qualité totale si chère (dans tous les sens du terme) pourrait avantageusement être remplacée par une volonté commune et souvent exprimée de "juste" bien faire son travail et avoir la satisfaction d'être en règle avec ses propres valeurs plutôt qu'avec celles du lean ou de Monsieur Toyota.

Bien sûr, l'initiative est demandée, revendiquée.. elle s'inscrit pourtant dans un cadre rigide, celui du référentiel des procédures, celui qui anéantit le libre arbitre lorsqu'il est à ce point le critère objectif de la performance "si nous suivons tous scrupuleusement les procédures, alors elles nous mèneront au résultat attendu. C'est mathématique". 
Comment ne pas éprouver de la peur en désobéissant aux règles mises en place par la collectivité, par soi-même aussi, dans une période où la perte de l'emploi est l'une des angoisses les plus fortes qui soit ? Comment développer l'autonomie, la créativité dans un travail qui demande un respect inconditionnel des référentiels que l'on a soi-même mis en place (avec des consultants aussi, c'est vrai). Aujourd'hui, je constate que nous souhaitons tous ou très souvent de la créativité dans nos métiers, du relationnel, de l'autonomie, de la polyvalence, du plaisir dans la réalisation, et non dans l'obéissance… Est-ce aussi votre cas ?

J'entends parfois certains railler l'expression "remettre l'humain au coeur du système", je pense pourtant qu'elle est d'une urgence absolue pour le développement de nos entreprises, de l'initiative mais surtout pour nous-mêmes. L'humain, n'est pas un moyen, il est une fin en soi… Il serait peut-être temps qu'on le comprenne dans nos entreprises. 
Besoin de faire le point sur votre rapport au travail ? Besoin de mettre en place des stratégies de comportement, de renouveler l'énergie et de la dépenser en totale écologie avec vos valeurs ? Contactez-moi, il est grand temps de relever la tête. Haut Les Coeurs !

Credit photo David Castillo Dominici / FreeDigitalPhotos.net

Recrutement annulé faute de budget

Je constate l'émergence d'une pratique insupportable, extrêmement violente pour les candidats : le recrutement annulé faute de budget. Imaginez le contexte, vous êtes au chômage depuis quelque temps et repérerez une annonce, pile-poil celle qui vous convient… Ô joie, votre CV fait mouche et vous êtes convoqué au premier entretien, qui se déroule à merveille. Deuxième, puis troisième rencontre, vous apprenez la bonne nouvelle, votre candidature est retenue, vous démarrerez bientôt au sein de l'entreprise, oui, promis, on vous fait suivre un contrat très rapidement. Waouh ! Champagne !

Bien entendu, vous prévenez vos amis, vous vous offrez enfin un petit restaurant, la joie vous habite et le moral remonte en flèche… jusqu'au jour où vous recevez un e-mail cinglant vous annonçant que faute de budget accepté par la direction de l'entreprise (ou très souvent aussi le bureau de l'association), le recrutement est annulé et oui, promis, on vous appellera dès que la situation sera rétablie…

L'effet Pschitt d'un recrutement

Cela vous dit quelque chose ? L'effet yoyo ou douche écossaise… pour moi, cela évoque l'amateurisme  ou le jeu de pouvoir. 
L'amateurisme de décideurs qui n'ont rien validé et qui se lancent bille en tête dans un recrutement fantaisiste, répondant à une envie davantage qu'à un projet construit. De l'inconscience pure dont la seule victime est le candidat qui lui, concrètement, se projette dans une réalité si mouvante. L'amateurisme dans la méthode bien sûr mais également dans la relation humaine, ce manque cruel de responsabilité et de droiture qui laisserait logiquement penser qu'une promesse ou un engagement ne concerne pas seulement celui qui le reçoit. Bref, le recruteur est l'ambassadeur de son entreprise, il s'exprime au nom de l'entreprise et ne peut se cacher derrière elle lorsque le budget n'est pas adopté.

Le jeu de pouvoir également, vous savez, ce bras de fer entre une direction opérationnelle et une autre, financière par exemple :
- je ne te donne pas de budget ! 
- Ah oui ? C'est ce que l'on va voir ! 
Et de lancer en catimini un recrutement que l'on portera jusqu'à son terme et que l'on brandira avec colère pour justifier de l'urgence d'un budget à adopter. Evidemment, quand il n'y a plus de sous dans la caisse...
A ce jeu là, il n'y a qu'un seul perdant : le candidat.

Ces pratiques, très courantes sont insupportables, elles plongent certains candidats dans de tels états qu'il s'agit bien d'une maltraitante, une situation dans laquelle le candidat n'est rien d'autre qu'une candidature, qu'une ligne de budget non voté.
Rencontrant tous les jours des dizaines de personnes en recherche d'emploi, ces faits n'ont rien d'anecdotiques et méritent, je le pense de faire l'objet de réparation pour un véritable préjudice subit (après tout, lorsque vous vendez une maison, n'existe t'il pas une clause vous permettant de toucher de l'argent en cas de désistement de l'acheteur ?).

Les propositions de stage...

J'ai du mal à accepter l'abondance des annonces déguisées en propositions de stage... J'ai du mal, parce que, comme vous, je sais que ces stages sont des emplois déguisés, des emplois de 6 mois proposés à nos jeunes, nos enfants, que l'on critique allègrement dans ce péjoratif "Y", cinglant et incompréhensible.

Enseignant à mes heures, je rencontre de jeunes diplômés devant rembourser leurs études avant même d'avoir commencé à travailler (par travail, j'entends emploi et non stage !), s'endettant lourdement, à hauteur d'un hypothétique loyer qu'ils seront incapables d'assumer seuls s'ils n'accèdent pas à leur but : un job, un vrai, reconnu et assumé comme tel par l'employeur. Les contraindre à commencer leur vie professionnelle en remboursant un crédit pendant 5 ans à coup d'indemnité de stage, de contrats free-lance, de précarité... est indigne de nous, employeurs, adultes, seniors, parents... Bien entendu, ce sont ces mêmes jeunes que l'on moque puisqu'ils partent souvent plus tard de chez leurs parents !

Ce qui me gêne dans tout cela, c'est l'attitude de nos entreprises, celles qui proposent systématiquement le même stage aux mêmes étudiants tous les 6 mois, cherchez bien autour de vous, vous en connaissez forcément une. Un stagiaire chasse l'autre, étant parfois chargé d'assurer le "tuilage" pour son remplaçant avant d'aller pointer chez Pôle Emploi. Ces entreprises ont un comportement scandaleux. Ces entreprises sont nombreuses, ces entreprises sont connues puisque nous y travaillons...

Ce qui me gêne ce sont les bols de fraises Tagada qui font "ambiance", hype, up... tous ces messages débiles destinés à déguiser l'absence de consistance, de moyens et d'envergure... Je lisais récemment une annonce proposant un stage en marketing reprenant à peu près ces mots : ".. ici, tu n'es pas obligé de porter un costume, on est plus dans l'esprit converse et jean…"- ça c'est l'idée que je me fais de mes stages en Espagne  -  mais prenez vous à ce point les jeunes pour des couillons ?

Ce qui me gêne c'est ce discours sur la jeunesse qui zappe, qui ne s'engage pas alors que rares sont les entreprises à RÉELLEMENT s'engager à leurs côtés. 
Récemment, je lançais un appel sur Twitter, demandant aux stagiaires combien d'heures ils travaillent chaque semaine et quelle indemnité ils reçoivent chaque mois. Sur une centaine de réponses obtenues, l'écrasante majorité travaille plus de 50 heures par semaine pour l'indemnité minimum prévue (les franciliens reçoivent une participation aux frais de transport...).

Ce qui me gêne, c'est de voir combien la valeur du travail s'évapore. Aujourd'hui, à 2 euros 15 cents de l'heure, un stagiaire se consacrant pleinement à sa mission se paye une visibilité, investit dans son avenir, il devient le réel seul entrepreneur, pariant, parfois à perte, sur l'"excellente visibilité" que lui offrira cette expérience pour l'un de ses prochains jobs... L'employeur se vante de son esprit d'entrepreneur, le stagiaire, lui, se comporte comme un entrepreneur.

Evidemment, cela ne concerne pas que nos diplômés, tous nos jeunes reçoivent le même type de "cadeau" de leurs ainés, un abandon pur et simple, un cynisme détestable recouvert de grandes valeurs auxquelles plus personne ne croit. Ce qui me gêne, c'est que nous ne sommes pas dignes de nos jeunes et qu'il est grand temps que cela change.